ÉLABORATION

08-04-2021

Le matériel

Tout d’abord il faut aller en forêt, récolter les feuilles de palmes, puis on prélèvera sur ces feuilles fraîches les parties les plus tendres. Les palmes sont remplies d’épines et ce n’est pas le travail le plus agréable. Ces feuilles devront sécher pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, elles sont étendues à même le sol, à l’air libre. On dit que la lumière de la lune les purifie et la rosée du matin les imprègne de son parfum. Une fois séchées, ces fibres sont passées du vert tendre au blanc crème, on les blanchit alors avec de l’eau citronnée pour obtenir une couleur harmonieuse et on les attache en écheveaux. A partir de ce moment on peut soit travailler avec les fibres blanches soit élaborer les teintures. Généralement on s'organise en famille pour la récolte des palmes et leur traitement. C'est un travail long et fastidieux qui prend plusieurs jours.

La teinture

On va collecter du bois et allumer de grands feux sur lesquels on entrepose des chaudrons plein d’eau. Ce travail se fait à plusieurs, car il faut alimenter le feu et brasser les écheveaux de Chunga pour procéder à la teinture. Les couleurs sont obtenues à l’aide de racines, de pulpe de fruits, de feuilles, de copeaux de bois, etc.. Le jaune est obtenu à l’aide de la pulpe d’une racine proche du curcuma mais non comestible. Le rouge et le orangé avec des feuilles d’un arbre appelé Bejuco, mais aussi avec des graines. Le noir avec la pulpe de la jagua, un fruit non comestible et très important car utilisé aussi pour les peintures corporelles. La pulpe de jagua purifie la peau et chasse les moustiques. Parfois il faut deux bains différents pour obtenir une couleur, d’autres fois comme c’est le cas avec la teinture de jagua, on enfouit les écheveaux teints et encore humides dans la terre pour intensifier la couleur. Chaque famille a ses expériences propres. Les coloris varient d’une famille à l’autre, mais aussi d’une teinture à l’autre. Les écheveaux devront sécher à nouveau, suspendus à des branches. Une fois secs, on commencera l’élaboration des masques.

Tissage ou broderie

La structure du masque est réalisée avec un matériel végétal beaucoup plus rigide qui s’appelle la nahuala. Il s’agit d’un arbuste commun. Vous ne voyez pas cette partie du masque car la nahuala est en général soigneusement recouverte par la chunga, mais sans cette partie qui est en quelque sorte le squelette, le masque n’aurait pas de forme.     J’utilise le mot tressage ou tissage, mais les femmes parlent de broderie. En effet, elles vont d’abord créer la structure du masque puis à l’aide d’une aiguille elles vont « broder » le masque, car on a pris soin avant de bien effiler les écheveaux de chunga. C’est un travail extrêmement minutieux et extraordinaire. N’oubliez pas qu’il n’y a ni photo, ni croquis. Le masque prend forme directement, le travail de création va de l’esprit à la main, sans hésitation. C’est un peu magique, non?