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05/05/2020 - Culture

En mai fais ce qu'il te plait....

Ou les chiffons rouges de Colombie…

 

Fais ce qu’il te plait… pas tout à fait vrai, car j’aimerais vraiment que tout évolue plus rapidement.

Nous sommes toujours confinés en Europe comme en Amérique centrale et dans l’attente de renouer une collaboration essentielle pour nombre d’entre nous.

Si l’Espagne laisse  tout doucement la possibilité à certains commerces de retourner à la vie … sous certaines conditions; il n’en est rien pour le Panama. Les villages se trouvent toujours dans la même situation de blocage total.

On vit à peu près correctement dans les villages de forêt, dans une attente lourde, mais on peut se nourrir.

Certes on n’est pas habitué à rester tous sous le même toit et à ne pas pouvoir courir à la rivière ou dans la forêt. Les indigènes sont cependant d’un caractère plutôt patient et lors de nos conversations, ne se plaignent qu’assez peu de cette situation qui les dépasse.

Concernant le virus, il n’y a à ce jour, aucun cas positif recensé dans nos villages.

J’ai aussi noté que le sentiment de peur stagne. Dès l’apparition de ce virus, les femmes m’ont souvent fait part d’une peur très forte, alors qu’il n’y avait aucun cas à proximité des villages. Mais cette pandémie qui arrivait de l’occident ressemblait à un châtiment divin, une »peste biblique ». Certains prêcheurs n’hésitant pas à communiquer des règles pour éradiquer ce fléau.

Beaucoup des femmes que je connais étaient très effrayées et j’essayais de m’en entretenir avec elles.

Aujourd’hui les villages n’étant pas particulièrement touchés, il semble que ce sentiment de peur soit en régression ou tout au moins stagne.

 

La situation des indigènes qui ont migré vers les villes est loin d’être aussi décente.

Je vous rappelle qu’Ethic & Tropic travaille juste à la frontière Panama-Colombie. Les tribus originaires de la Colombie se sont déplacées au fil des ans, fuyant le conflit armé, la guérilla et les narco trafiquants. Certains sont donc passés côté Panama, d’autres ont migré plus au sud, vers les villes de Colombie.

Dans les villes, les indigènes vivent au jour le jour, au mieux employés dans la construction et plus couramment, gagnant quelques pièces de monnaie grâce à la vente ambulante.
Personne ne sait exactement où ils vivent, personne ne sait exactement combien ils sont.

Dans un récent reportage dans le journal « El País », la journaliste Catalina Oquendo décrivait les conditions d’une famille d’indigènes Emberas à Bogota, vivant à 8 dans une seule pièce et réduits comme tant d’autres à demander de l’aide pour se nourrir.

Elle appelle les indigènes des villes : les invisibles, cela en dit long sur leur condition.

 Dans ces grandes villes de Colombie ou une quarantaine stricte a été instaurée, un code s’est établi pour demander secours. 
Quand on n’a plus rien pour se nourrir, on suspend un chiffon rouge à la porte ou à la fenêtre. Ce signal appelé « SOS del hambre », SOS de la faim signale au gouvernement ou à quiconque peut apporter de l’aide, qu’ici se trouve une famille qui n’a plus rien pour se nourrir.

Les indigènes sont probablement les personnes les plus vulnérables de ces grandes agglomérations.

Ceux qui se sont déplacés vers les villes l’ont fait principalement à cause des violences subies à l’époque de la guérilla. Le Darien avec ses épaisses forêts était le refuge des guérilleros, les FARC.

Maintenant la situation est plus calme, même si la région reste extrêmement dangereuse du fait de la présence des narco trafiquants.

Dans nos villages, la vie reste possible, notamment grâce au maillage du territoire par la police spéciale, le SENAFRONT  et je suis heureuse de contribuer aussi quelque part au maintien de cette vie.