De la forêt à l’œuvre
À l’origine, ces sculptures brodées par les femmes à la demande du jaibaná, le chamane, sont faites pour accompagner les rituels de guérison. Ce sont les femmes de la famille du consultant qui les réalisent à la demande du chamane et selon les symptômes de la maladie.
Le masque a une fonction précise. Une fois utilisé au cours du rituel, on considère qu’il a « dansé » et qu’il est désormais chargé. Il ne peut plus être manipulé comme un objet ordinaire et doit être détruit par le feu.
Les masques originels étaient donc faits pour disparaître.
C’est ce qui rend leur histoire si particulière. Il n’existe pas de masques anciens. Leur disparition faisant partie du rituel lui-même.
Les pièces contemporaines que nous présentons sont ainsi le fruit d’une transformation profonde : ce qui était autrefois un objet rituel éphémère est devenu une œuvre destinée à être conservée.
Un langage transmis, une création personnelle
Toutes les femmes qui maîtrisent cette technique connaissent les gestes, les matériaux et les motifs transmis au sein de leur communauté. Mais partager un savoir-faire ne signifie pas produire les mêmes œuvres.
Les motifs traditionnels que l’on retrouve sur les masques sont également présents dans la peinture corporelle Emberá, utilisée lors des rituels et des fêtes. Ils constituent un véritable langage graphique, nourri de formes géométriques et de représentations inspirées du monde naturel.
Mais ce langage n’est pas figé, chaque artiste le réinterprète et peu à peu, une écriture personnelle apparaît.
C’est là que se produit la véritable réinvention.
On ne cherche pas à reproduire exactement l’animal observé dans la forêt, d’ailleurs certaines artistes vont jusqu’à représenter des animaux qui ne font pas partie de la faune du Darién, et qui sont des esprits.
Ces artistes créent pour nous des objets à mi-chemin entre le monde de la forêt et le monde des esprits.
De la fibre à la sculpture
Cette transformation concerne aussi la matière.
Les fibres végétales récoltées dans l’environnement sont préparées, teintées puis travaillées patiemment pour donner naissance à des œuvres singulières. Une matière issue du monde végétal devient un volume, un esprit, un animal.
Chacune de ces sculptures murales, porte la vision particulière de la femme qui l’a créée