PIÈCE UNIQUE — FABRIQUÉE PAR LES TRIBUS INDIGÈNES AU CŒUR DE LA JUNGLE
Ce masque a été réalisé dans un contexte de deuil profond. Un an auparavant, le mari de Servelina disparaît de façon violente.
Lors de notre rencontre, elle me confie simplement : « Je tisse pour apaiser ma peine. »
De ce geste répété, presque nécessaire, naît une forme singulière : un visage de singe, avec une expression intense, ni protectrice, ni menaçante.
Une présence en tension, presque dérangeante.
Le travail de broderie est remarquable par sa densité et son intensité. Chaque fibre semble porter la charge émotionnelle du geste, comme si le temps, la tristesse et la persévérance s’y étaient inscrits.
La pièce ne cherche pas à séduire. Elle témoigne.
On y perçoit moins une intention esthétique qu’un processus : celui de transformer une expérience intime en une présence tangible.
Un masque qui s’impose immédiatement. Une pièce rare.
Extraordinaires objets d'art et de décoration, ces masques sont dérivés des croyances et rites chamaniques des indiens d'Amérique centrale des tribus Wounaans et Emberas au cœur de la forêt tropicale entre Panama et Colombia.
Les indiens divisent le monde en deux, un monde visible et un monde parallèle et invisible. Les esprits « haï » sont dans la nature, dans les animaux ou dans les plantes.
« La grande supériorité de ce monde parallèle, de cet univers d'ombres, c'est qu'il peut voir les hommes alors que les hommes, eux ne peuvent le voir », écrit Jean-Marie Le Clézio.
Par l'intermédiaire des chamans, ils entrent en contact avec les "Haï" esprits de la Nature. Le masque, ou « nemboro », permet au chamane lors du rituel, de prendre l’apparence d’un esprit du monde invisible et d’entrer en communication avec ce monde.
Après son utilisation, le masque qui a « dansé » sera détruit car il reste chargé et personne d’autre que le chamane n’est habilité à le toucher. Il n’existe donc pas de pièces anciennes.
Nos masques sont réalisés comme pour un rituel.
Ils sont faits de feuilles de palmes récoltées dans la forêt, provenant d’une varieté de palmiers communs appelés Chunga. On prélève tout d’abord les parties les plus tendres que l’on fait sécher et qui sont ensuite blanchies.
Assemblées en écheveaux, les feuilles de palmes séchées sont alors teintes à l’aide de teintures naturelles. On utilise de la pulpe de fruits, des copeaux de bois, des graines, des feuilles ou encore des racines. Il faut parfois plusieurs bains.
Après ce long travail de préparation, l’artisane commence alors son fabuleux travail de création, qui outre un grand sens artistique requiert aussi un incomparable savoir-faire détenu par les seules femmes de ces tribus.
Ne jamais mouiller, ne pas exposer à la pluie.
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